Le Petit Percussionniste

Ce matin là, il s’était réveillé profondément apaisé, serein. Il n’avait programmé aucun réveil, pourtant ses yeux s’étaient ouverts, lentement mais sans efforts ni aucun tiraillement ni sensation de froissement, à une heure plutôt naturelle si l’on se base sur la course du soleil.

Ce dernier était déjà bien haut, et bien visible sur ce ciel parfaitement dégagé, mais il était encore doux et tendre, accompagné de son amie la  brise qui soufflait sa fraicheur de jeunesse par tous les entrebâillements de fenêtres que la maison lui offrait. Ces courants d’air parvinrent gentiment jusqu’à sa chambre puis, en moins de temps qu’il n’en faut pour l’écrire, l’enveloppèrent et le tirèrent du lit sans que son corps ne fisse le moindre faux mouvement. Par une chorégraphie fluide d’une extreme souplesse, voilà qu’il se trouvait debout, nu, respirant. Il resta là un instant, immobile, et s’amusa à faire bouger le moindre de ses os, la moindre de ses articulations, et contracter le moindre de ses muscles, dans l’ordre, en partant des orteils, puis la plante des pieds, les chevilles, les mollets, faisant le tour de son corps jusqu’au sommet de son crâne. Ce fût comme s’il avait démarré une machine, pièce après pièce.

Il était, à present, en pleine conscience de tout ce qui le constituait. Il fît un pas jusqu’au fauteuil qui se trouvait près de la porte d’entrée, ramassa le short et le t-shirt qui se trouvaient dessus, les enfila sans se presser et, avec la même aisance qui le guidait depuis le réveil, il sortît de la chambre.

A mesure qu’il approchait de la cuisine, il distingua une musique qui provenait du dehors, probablement de chez un voisin. Cette musique lui plût. Il n’en connaissait pas l’interprète et n’avait, d’ailleurs, pas vraiment l’air de chercher à le découvrir. Ça lui plaisait et cela suffît pour qu’il décide de ne pas en mettre lui même. Il alla à la fenêtre qui donnait sur le jardin de devant, qui lui donnait sur la rue et l’ouvrît complètement. Ce matin, son transistor comme sa chaine Hi-Fi resteraient muets. Cette musique indistincte et lointaine convenait parfaitement. Il se mît alors à preparer de quoi rompre le jeûne de la nuit.

Il commença par préparer du café et, le temps qu’il coule, prépara le reste. Il mît une poêle sur la gazinière, ayant saisi la boite d’allumettes qui se trouvait à coté, en craqua une puis alluma le feu. Enfin, il sortît du réfrigérateur des oeufs, du beurre, des légumes ainsi que des fruits frais. A présent, au bruit caractéristique du café qui passe, s’ajoutait celui du crépitement que font les oeufs dans l’huile chaude quand on les prépare « au plat ». Et, pendant que cette partition se jouait, tel un arrangement qu’il aurait écrit au thème qui se jouait au dehors, il commença à découper et à préparer ainsi divers assemblages de fruits et de légumes crus. Certains seraient arrosés d’un jus d’orange ou de citron, d’autres d’un filet d’huile d’olive, saupoudrés de sucre roux, de sel, de poivre, de plantes aromatiques.

Tout comme cette cérémonie du réveil à laquelle il avait donné vie malgré lui, la préparation de son repas était particulière, remarquable. On aurait dit un ballet. Chaque geste était juste, doux et parfaitement exécuté. On ne pouvait voir aucune hésitation, ni remarquer la moindre anicroche. Il était d’un calme absolu, démontrant une parfaite assurance et cependant tout à fait naturel. Le spectacle qui se jouait ici était semblable en tous points à ceux que nous offre la description des scènes quotidiennes, apparemment banales, dans les romans Japonais comme ceux de Yoko Ogawa: L’art de faire des petites choses un poème, une féerie. Ces petits rien qui ne semblent pas grand chose mais qui font tout. L’art de dire un grand nombre de phrases en très peu de mots et de façon ravissante.

Il continua ainsi, bercé par cette musique voisine, à laquelle s’était greffé crescendo le brouhaha de la ville s’éveillant, à remplir les bols et les ramequins, à garnir la corbeille à pain, dresser la table. Tout était en place, et de sa tasse de café comme de l’assiette qui contenait les oeufs, émanaient des vapeurs par petits filets matérialisants, bien sûr, la chaleur qui s’en dégageait mais aussi les parfums qu’ils délivraient sous forme de volutes dansant, tels des serpents que l’on charme, à la verticale. Il bu un grand verre d’eau fraiche puis s’assît. il se mît à manger tranquillement et  ses sens continuèrent leur éveil au gré des bouchées et des gorgées. Il écoutait la vie et ne pensait à rien, ni à ce qu’il avait fait la veille, ni à ce qu’il allait faire. Pour cet instant au moins, il se contentait d’être et c’est déjà beaucoup. Ce n’est même pas facile du tout. C’est ce qu’il se serait dit en son fort intérieur à cet instant s’il en avait eût un. Il passa ainsi la totalité de ce petit déjeuner à se fondre dans le monde, se calquer sur le temps, s’intercaler avec agilité entre chaque seconde. Une fois qu’il eût fini, il bût à nouveau un grand verre d’eau fraiche puis se leva. Il marcha jusqu’au salon, prît le paquet de cigarettes qui se trouvait là, sur une desserte et en retira une. De retour à la cuisine, il se saisît de la boite d’allumettes dont il se servait pour cuisiner et vint s’accouder au garde-corps en fer forgé qui ornementait la fenêtre donnant sur le jardin.

A sa vue s’offrait un Orme et un Hêtre qui, en plus de l’abriter de la rue, avait la bonté d’abriter un grand  nombre d’animaux dont une famille d’écureuils qu’il adorait voir crapahuter d’un arbre à l’autre. Ils le faisaient beaucoup rire. Il riait d’autant plus maintenant qu’on lui avait raconté pourquoi les écureuils passaient autant de temps à faire des provisions de noisettes. Un ami lui avait expliqué que cet animal avait la faculté d’être très bon cueilleur mais d’avoir très mauvaise mémoire, si bien qu’il oubliait sans cesse où se trouvaient ses cachettes et continuait ainsi d’en cacher pour ne pas en manquer quand l’hiver serait venu. Un court instant, il s’était demandé si cette anecdote était vraie mais l’instant d’après, il s’était dit que cela n’avait aucune espèce d’importance     . C’était, pour lui, la meilleure des explications.

Tandis qu’il fumait, par petites bouffées, il regardait ce beau duo arboré qui lui faisait face. Machinalement il cherchait des yeux les écureuils. Les unes après les autres, il allait de cachette en cachette car, contrairement à ses petites amis roux, il n’en avait oublié aucune. Cependant ils n’étaient pas près d’elles, ni sur aucune branche du reste, pas même cachés par le moindre amas de feuilles. Il se dit qu’ils devaient encore dormir, tout simplement. Alors que, sa cigarette finie, il s’apprêtait à quitter son poste d’observation en quête d’un cendrier pour recueillir ce mégot qui, à present, lui brulait les doigts, il entendît dans l’orme un bruit qu’il n’avait jamais entendu auparavant. Une série de coups secs donnés sur du bois, semblables à ceux que l’on donne quand on frappe à une porte mais en moins creux. Ils avaient dû être donnés sur le tronc, se dit-il, à en juger la hauteur et particulièrement le timbre des notes que ces coups avaient émit. A peine son mégot éteint, il revint à sa balustrade, s’y accouda de nouveau puis ferma les yeux pour se focaliser au mieux sur ce nouveau message sonore. Il y eût alors une nouvelle série. Tac tac tac tac tac, un silence, tac tac tac tac tac tac tac tac et une pause. Cela ne faisait plus aucun doute en son esprit, il avait un nouvel invité et, qui sait, peut être un nouvel ami.

Après avoir passé quelques minutes à profiter de ce nouveau chant, il fût tout à fait convaincu que ce percussioniste était un pic-vert. Il en était ravi. Il passa quelques minutes de plus à l’écouter, les yeux clos. Il n’entendait plus la musique du voisin, ni même les murmures de la ville, rien que la pièce de claves que lui jouait l’oiseau. A present, il voulait le voir. Surtout, il voulait le voir à l’oeuvre. C’est beau le son du piano quand la partition est belle et qu’elle est exécutée avec sensibilité. Et, cela revêt une forme particulière quand on peut de surcroit regarder les mains du pianiste, qui dansent, courent, sautent, se croisent et se chevauchent. Il voulait voir les mains de ce pianiste là. Il rouvrit alors les yeux et commença à balayer l’orme du regard, partant du tronc, puis passant par chaque branche, chaque brindille, chaque feuille, et ce, jusqu’à la cime. Il passait en revue cet arbre tout comme il avait passé en revue son propre corps au levé. Il fît le tour de l’arbre en quelque sorte mais ne trouva pas l’oiseau. C’est qu’il n’en avait pas vraiment fait le tour. il quitta son poste d’observation et alla au jardin se planter près de l’arbre, se planquer près de lui.

Tac tac tac, tac, tac tac…

Tac tac tac tac tac tac tac tac tac….

Il jouait le petit, sans relâche. Il jouait et restait invisible.

Cet orme n’était pas haut. Un tronc large, et sur une grande partie dépourvu de branchage. Il était nu et droit sur plus de la moitié de sa longueur puis des branches l’habillait mais très modestement, autant que nous pouvons l’être au moment de l’été. Il avait les bras et les jambes nus pour ainsi dire, ce qui offrait à nos yeux une belle part de son corps. Malgré cela, aucune trace de notre ami pic-vert. Il avait beau rester immobile, se déplacer à pas feutrés, faire le tour de l’arbre, cette fois ci au sens propre, il ne parvenait pas à voir le petit animal. Il ne faisait que l’entendre. Il finît même par se demander s’il ne jouait pas à cache-cache avec lui. Il eût alors à l’esprit une vision très nette et amusante. Le pic-vert se tenait là, tout contre le tronc d’arbre, les pattes solidement ancrées dans l’écorce, le reste de son corps à la verticale et sa tête bien droite, le bec en avant prêt à frapper. Il frappait, tapotait, picorait, puis sentant l’homme se rapprocher, il s’arrêtait tout net et translatait habilement le long du tronc à la manière de ces voleurs que l’on voit dans les films et qui se déplacent collés au mur, les pieds posés sur une fine margelle, s’aidant des mains, les bras tendus, pour se hisser, se faufiler, le plus discrètement possible, se fondant dans le décor.

Il se dit alors que ce jeu pouvait durer longtemps et qu’il pouvait tourner en rond indéfiniment. C’est à croire qu’en ce jour le pic-vert voulait bien qu’on l’entende, signaler sa presence mais ne voulait pas qu’on l’approche. Pas encore. Il faisait un pas en avant, tendait une main en quelque sorte mais par timidité ou par peur cela s’arrêtait là. Il faudra que je l’apprivoise, se dît l’homme, et qu’il m’apprivoise aussi, qu’il s’habitue à moi. Il faut sans doute qu’il s’habitue à ce nouvel arbre songea-t-il ensuite.

Tandis que son esprit avait pensé cela, il ne s’était pas rendu compte que son corps avait cessé de se mouvoir. Il s’était, peu à peu, accroupi puis assis. Il avait fini par s’adosser à l’arbre, les jambes tendues devant lui. Il ferma les yeux et ne chercha plus à observer son petit percussionniste. Il continua à l’écouter raconter son histoire, paisiblement, toujours caressé par la brise qui n’avait cessé de souffler depuis le matin. Baigné de tout cela, il s’assoupît. L’oiseau chantait encore, à sa manière:

Tac tac tac…tac tac…tac.

 

erwan tout court.

Le Voisin du Dessus

-« Tiens, y a le voisin du dessus qui déménage ! »

C’est ce que Grand-père me disait chaque fois qu’on entendait gronder l’orage. C’est parce que l’orage, ça fait comme le bruit d’une grosse armoire qu’on déplace sur un parquet sans la soulever. Et même, parfois, il y a des choses encore dedans quand on la déplace, genre des bibelots, de la vaisselle, parce qu’il est un peu fainéant le voisin du dessus. Peut être qu’il est toujours pressé. En tous cas, ça fait du boucan, un gros barouf du diable accompagné de tintamarres. J’me demande même si, de temps en temps, il ne déplace pas non plus le lit. En tous cas, ça frotte, ça traine, puis ça racle. Il doit être sacrement esquinté le parquet du voisin du dessus, si ça se trouve il aime bien la patine. Je l’imagine très bien, déplaçant les meubles sans arrêt et déversant, petit à petit, des litres de cire, par petits nappages, chaque jour cirant, chaque jour cirant. Le précis et le méticuleux au service de la belle patine.

Il doit être une sorte de passionné mono-maniaque; Tant mieux, il en faut. Il ne se laisse pas aller le bougre, il ne se laisse pas faire. Il va jusqu’au bout. Mais qu’est ce qu’il fabrique de sa vie le voisin du dessus ? Que fait-il quand il ne déplace pas les meubles ? C’est lui qui déplace le soleil ? Et si c’est lui, souffle-t-il aussi sur les nuages ? En tous cas, il doit avoir un emploi du temps bien chargé car je ne l’ai jamais croisé dans la cage d’escalier. D’ailleurs, personne ne l’a jamais croisé sur aucun palier, sur aucune marche; Personne ne l’a jamais vu. Alors c’est qu’il emprunte un passage secret. J’aimerais bien le trouver. J’aime beaucoup les passages et j’adore les secrets. Trouver des passages, découvrir des secrets mais par hasard, trouver des choses précieuses. Ce ne sont pas les secrets des gens qui m’intéressent mais les choses incroyables et savoureuses qui sont cachées partout et celles qui ne sont cachées nulle part mais que l’on ne sait pas voir.

Si je ne trouve jamais le voisin du dessus ce n’est pas bien grave. Ce n’est même pas important du tout. je crois bien qu’il s’en fiche au fond. Il n’en a rien à cirer. Il a des cycles de déménagement à accomplir. Il n’a pas fini de rayer le parquet. Et, il n’a pas fini d’élaborer des techniques pour l’aider dans la patine. Il déménage en toutes saisons, quand ça lui chante. Il est assez joueur et se languit de voir son travail aboutir, alors il nous fait tomber des meubles sur le coin de la figure à l’improviste, même en plein soleil quand on se sent bâtisseur et que l’on donne vie à des châteaux de sable. Parfois il me fait penser au mendiant dans Elektre car il a un sens inouï du placement. S’il m’était donné de le croiser, je l’inciterais à apprendre les claquettes. Ça serait une autre façon d’entretenir sa patine. On a l’air bête quand on fait des claquettes mais qu’est ce que ça peut faire ? Ça fait danser en travaillant…

Allez mon vieux, fait nous rêver ! Laisse tes chiffons dans le placard, laisse la cire aux abeilles, enfile tes mocassins ferrés ! Musique maestro ! Danse pour l’orage, fait pleuvoir les notes, les rythmes et les gouttes ! Danse mon ami, danse, donne une âme à ce parquet, qu’il écrive son histoire. Danse mon ami, danse et fait monter les eaux ! Alors, on pourra jouer comme sur la plage à reculer le moins possible et sans cesse, du bout des pieds, se faire lécher par les vagues; Poser un pied une dernière fois sur un morceau de sable prêt à se faire engloutir, comme pour se souvenir qu’il a existé, en marquer l’emplacement pour mieux le retrouver quand les eaux s’en seront allées. Allez, tape du pied, tapote, tape, fait frétiller la poussière, qu’elle se mélange enfin, qu’elle s’aère et s’allège, qu’elle plane lentement en imitant le balancier des feuilles puis dans un lit nouveau vienne se reposer. Change donc ta casquette toi le pousseur de meubles ! Si tu veux je te passe la mienne ou celle de ma soeur, ne t’en fait pas, elle en a plein ! Si ton courant d’air arrive à se glisser jusque sous ma porte, je te les montrerai toutes et tu choisiras celle que tu préfère, celle qui te fait envie, peut être même au pluriel.

Ça siffle à son oreille. Ça doit siffler, c’est sûr. On parle de lui depuis si longtemps qu’il en a hérité des acouphènes. De toutes façons il est à moitié sourd, il n’a plus que ça les acouphènes: un bouquet de fréquences au fond de chaque oreille. De temps en temps il s’arrête et ne fait rien pour mieux les écouter. Il s’amuse à associer les différents parfums aux différentes couleurs en pensant qu’elles sont d’une nature sonore. Tiens, la pluie a cessée ! Il doit en être là. Chaque chose dans sa pièce, de nouveau, à trouvé une place.

erwan tout court.

Il n’y a Plus Rien

Cette histoire est telle que tu la fabriques, tout est possible, l’espace est infini. Les codes ont été décodés, les schémas ont été effacés, il n’y a plus rien !

Plus de questions puisqu’on ne cherche pas de réponses. Plus de doutes puisque les certitudes sont nulles et non avenues et qu’elles nous font mourir, puisque nous voulons vivre. Il n’y a plus de temps, à quoi sert de compter ? Les chiffres sont puissants, leur projet, nous dompter. Le chiffre mène au calcul qui, lui, mène au tableau qui contient tout en cases, qui contient tout en cage.Il n’y a plus de language. Les mots ont plusieurs sens, l’idée change dans l’message. Ce texte ne me dit rien, du tout, ou son contraire, il n’y a plus rien !

Il n’y a plus de jours, plus de nuits, plus d’horaires, plus de cycles. Fais c’qui t’plait quand ça t’chante, l’important c’est d’le faire. Et se sentir heureux…Il n’y a pas d’heure pour dormir, ni chanter, ni écrire, et pas d’heure pour jouer et pas d’heure pour sourire. Il n’y a plus de cauchemars, il n’y a plus d’insomnies, et s’il n’y plus de ciel, et bien, y a plus d’limites, il n’y a plus rien  !

Il n’y a plus d’espèces, que des bronchent qui respirent. Tu n’es qu’un parmi des millions mais tu es mille à l’intérieur. Rien n’est impossible. Bavarde avec une pie et rie avec les hyènes. Soit de marbre face au roc, reste d’huile avec la mer.Cette histoire est telle que tu la fabriques. Les pages sont là, devant toi, blanches. Ecrit tes rêves en gros et crie les à tout le monde.Ton bonheur n’a pas de règles, tu peux le conditionner à ta guise, tu en inventes les règles chaque jour, chaque jour les réinventes. Cesses de te comparer, vis à fond ton histoire. Chaque relation est unique, chaque ami est à part, et c’est une part de toi que tu donnes à chacun, demain matin tu en donneras une autre… Il n’y plus qu’a avancer et en même temps laisser faire. Il n’y plus d’obstacles, plus de cul de sac, plus de ravins, plus de routes: La voie est libre, il n’y a plus rien !

A présent, sort tes tripes, vide ton sac, fout tes pompes aux orties, débarrasse toi de tout, trie et jette, garde que le nécessaire, que ce qui colle à l’âme. Ne t’encombre jamais, de rien, ni de personne. Donne tout à ceux que tu estimes, n’attend rien en retour car l’amour est gratuit. Il n’y a plus de tarifs, plus d’argent, plus de monnaie d’échange et plus de marchandage, il n’y a plus rien !

Ce matin, j’avais en tête le même rêve qu’hier, mais aujourd’hui il n’avait pas le même sens, il s’était développé. Tout ce que j’ai fait avant prend de nouveaux sens, m’offre de nouvelles choses, m’ouvre de nouvelles portes. La musique n’est pas la musique, les images en sont d’autres. Les livres, pourtant digérés, semblent soudain parler un second language. Les notes changent de ton, mes notes se changent, ma voix mue. Tout part de rien et puis tout en repart, on laisse sa vilaine peau et on sort l’air de rien. Ce rien qui nous habille, ces p’tits rien qui font tout. Alors, plus rien n’a d’importance car tout est envisageable. Rien n’est perdu d’avance, rien n’est irrémédiable. Lève le front et soit fier, et fait gonfler tes joues. Et, si ça te rend tout rouge et que tu as l’air bête, c’est qu’tu l’es un peu moins. Et si tu te sens niais et gêné mais léger et bien tant mieux.

Il n’y a plus de pression, il n’y a plus d’atmosphère, il n’y a plus de pesanteur. Tu n’as plus froid, ni faim, tu n’as plus mal au coeur.

Les codes ont été décodés, les schémas ont été effacés, il n’y a plus que toi, et moi, et le reste……et c’que nous allons faire: Il n’y a plus rien !

erwan tout court.

(texte écrit les 6 et 9 février 2011)

La Part de l’Invisible

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En ce monde, il est des choses qui sont invisibles.

Le plus souvent impalpables, non quantifiables,semblants ne pouvoir être, ni attrapées, ni contenues. Invisibles, certes, mais pas sans force, ni consequences; Invisibles mais non dépourvues de texture, emplies d’énergies ainsi que de nourriture, empreintes de magie. Ce sont tout ce qu’elles nous apportent, tous les effets qu’elles ont sur les choses, sur nous mêmes, sur tout ce qui nous entoure, qui nous font sentir leur existence par le biais de tous nos sens et le comportement de notre corps. Nos yeux ébahis, nos oreilles chatouillées, notre peau devenue moite, notre ventre bouillonnant, notre coeur qui s’emballe, notre esprit qui divague parfois au delà de toute raison, font alors qu’elles se matérialisent, prennent forme. C’est à travers tout cela que, finalement, elles prennent corps, qu’autour d’une sorte de squelette, la chair s’agglutine et qu’enfin une peau les recouvre, les rendants ainsi presque humaines, animales tout au moins.

En ce moment même, l’une de ces choses, l’un de ces quasi-spectre, se manifeste à moi. Je suis là, assis à une table, et sur cette table, posée autant que j’essaye de l’être, une bouteille de bière. Aussi étrange que cela puisse paraitre cette bouteille, par essence inanimée -même si son ouverture a libéré le gaz carbonique qu’elle contient, créant ainsi en elle un ballet non chorégraphié de bulles- ne fait rien d’autre qu’être là, attendant d’être bue, vidée de ce qu’elle contient pour enfin être rendue à qui de droit, être remplie à nouveau, refermée et attendre que cela recommence. Pourtant, elle chante.

Elle chante vous dis-je.

Pour l’instant, une  note plutôt aigu. Tantôt brève, tantôt longue selon comment ce qui la produit arrive à maintenir son effet sur la bouteille, et cela semble aléatoire, comme un concours de circonstances. il ne parait y avoir aucun désir, aucune volonté de la bouteille à produire cette note et il parait en être de même pour la chose invisible qui, de fait, la co-produit avec elle. Chacun d’eux a son existence propre et le hasard les fait agir de concert. Le hasard fait bien les choses nan ?

Au fond de moi, je reconnais ce phénomène et cette force qui fait jaillir ce son de la gorge de la bouteille. Et je constate que c’est la meme force qui fait voler les jupes des filles et fait avancer les bateaux; De belles aventures en perspective en somme, de douces sensations. Bien sûr, cela peut mener à la tempête, et nous y mène souvent mais rien de ce qui vaut le coup ne se fait sans épreuves car l’aventure ça déménage, ça nous bouscule. C’est bien. Cela nous fait trouver en nous des ressources que l’on imaginait pas et au passage l’on ressort les choses enfouies en nous, tout ce que l’on repousse lorsque le calme apparent , la fausse quietude nous invite à la fainéantise . Souvenons nous qu’après la tempête, vient le calme, de nouveau, mais sous une autre forme.

Sachons laisser sa place à l’invisible et toutes les choses qu’il nous montre même lorsque l’on ferme les yeux ou que l’on tente de regarder ailleurs. Acceptons toutes les choses, y compris quand elles sont contradictoires. Un chat peut être à la fois mort et vivant. Ce n’est pas grave. Il se peut même que ce soit apaisant en fin de compte.

Pendant ce temps, alors que le chat apprenait à être mort et vivant à la fois, le niveau de la bouteille de bière descendait à mesure que son contenu, de ma bouche à mon estomac, descendait. Avec le concours intermittent de son allié invisible, la bouteille continuait d’égrener des notes tandis que la bière perdait ses bulles, même si ces deux phénomènes n’avaient aucuns liens entre eux. Les notes ont résonné de l’aigu au grave sans aucun soucis de justesse, comme une descente de gamme laissant par hasard s’exprimer des notes non admises en temps réel. Des notes qui existent pourtant mais que l’homme ne laisse pas s’exprimer. Est-ce là toute la beauté du hasard ? Faut-il comprendre qu’en vérité il n’existe pas de fausses notes ? N’est-on pas libres de faire ce que l’on veut, peu importe ce que les autres en disent et ce qui leur fait peur ?

Ce que je sais à cet instant c’est que même vide la bouteille de bière chante encore. Elle émet, à present, la note la plus grave que sa forme lui permet de chanter. Elle est ronde cette note, elle est suave, c’est doux.

Au fond de moi je sais ce qu’il se passe.

Le vent fait chanter ma bière, je crois que c’est un Mi bémol.

erwan tout court.

(30 Avril 2017)

Otriris

Otriris, c’est la petite sœur d’osiris, la dernière, la petite folle. L’excentrique.
C’est celle qui s’amuse à attacher des fils de couleurs à la queue du chat.

Quand il secoue sa queue dans tous les sens pour mieux les attaquer, joueur insensé, ou s’en débarrasser, bougon ainsi qu’un chat sait l’être, et qu’il fait virevolter tous ces fils, ça la fait rire. Ça la fait voyager.

Alors parfois pendant le temps du voyage, elle ferme les yeux. Et, pour ces instants au moins elle regarde le monde en face. Du moins elle regarde que sous un seul angle à la fois. C’est bien. Ça change.

Otriris est comme sa plus grande soeur, Isis, d’une beauté incroyable, une beauté entière, supérieure à l’idée en soi de la beauté platonicienne. Elle est drôle et tendre et pleine de ressources.
Elle a pourtant été « écartée » car son regard dérange. Il rend les autres mal à l’aise.
Quand elle est a giseh, et qu’elle se tient droite face au profil ouest du sphinx, son œil droit voit la patte avant droite de la créature et son œil gauche contemple une pyramide.
Ces yeux qui ne regardent pas dans la même direction, les autres trouvent ça bizarre…ils disent qu’elle ne peut pas voir, ou pas correctement, que son regard est biaisé et par extension sa perception du monde aussi…ils pensent qu’elle ne voit pas la vérité.
Moi je trouve que c’est ça qui est étrange, c’est ça qui me met mal à l’aise mais bon….

Alors peu à peu…elle s’est retrouvée seule, même Osiris l’a délaissée, trop occupé à faire partie de la mythologie.
Son seul ami était le vieux jardinier de son père. Lui, il trouvait ça plutôt utile d’avoir une jeune amie qui regarde les choses autrement. Elle avait l’étrange faculté d’observer une limace s’approchant lentement d’une laitue d’un œil et de guetter les oiseaux voulant manger des cerises de l’autre.
Le vieux jardinier disait qu’elle avait un pouvoir. Le cyclope était à plaindre, pas elle, celui qui possèderait un troisième œil l’envierait tout de même, sans aucuns doutes.
Ils riaient beaucoup tous les deux.
Elle était capable de toutes les facéties, et de toutes les singeries possibles et capable d’être toute calme, élégante, belle dans sa grandeur de femme, ayant les gestes les plus doux et raffinés.
Et parfois elles s’amusait à loucher.
Elle louchait a l’envers. Ses yeux venaient se fixer au centre de leurs orbites et regardaient droit devant eux. Au regard du chanceux qui se trouvait en face s’offrait alors le plus beau des cadeaux. Une âme toute pleine, concentrée dans ces deux pupilles, absolue, une connection unique.

Le vieux jardinier, ça le faisait sourire rien que d’y penser. Il était bien plus riche que tous les pharaons de tous les continents réunis car il était le seul à connaître ce trésor.

 

erwan tout court.

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Les Oiseaux Dans Mon Ventre.

Une journée brûlante est passée sur ma maison. Moi, dedans, bel et bien vivant, je bouillonnais.
Je n’avais pas dormi depuis des lunes.
L’odeur du café qui passe m’avait déjà plus que réveillé. Aussi, quand le liquide ébène glissa de toute son amertume le long de mon œsophage, l’univers de Camille emplissait gentiment ma
conscience, réveillant et stimulant un à un mes neurones.
Je me remplissais de toutes parts, mes cinq sens aiguisés, en alerte, débordants.

Le soleil démontrait sa puissance sur les ardoises de ma toiture; Moi, j’étais au frais. Je sortais me faire croquer par lui de temps à autres, plus ou moins longtemps; J’ai joué à cache-cache.
Quelque part, petit effronté que je suis, je le narguais.
J’étais libre.
Libre d’aller et venir, de le contempler, de m’y rechauffer, de le devancer autant que de lui survivre.
Ce pauvre grand soleil n’est que ce qu’il est, un rayonnement; Condamné à un seul état, à une seule action. Condamné chaque jour à se faire tourner autour.

La tête emplit de musique, m’étant préparé une petite cigarette maison (divin mélange d’un tabac blond ordinaire et d’une herbe amicale des plus fameuses), je me suis mis à bricoler un des petits bout de vie que j’affectionne tant. Le temps de la réflexion, de l’expression, le temps des créations.
Ces moments où l’on chante, on joue, en pensant à soi, à rien et aux autres.
Quand les idées débordent du cerveau et que les mots remplissent les feuilles.

Cahiers ouverts, crayons étalés, un plateau, une fourchette, un couteau, une grande cuillère, un pot à sucre vide, une théière de la veille, un pot de tabac, un cendrier débordant, tel était le terrain de jeu.
Comme toujours, pour que les idées viennent, je divague. Je me laisse aller à rêver entre quelques chœurs qui accompagnent la musique. Je pense à ce qui m’anime, j’essaie d’en ressentir la texture. Et puis, je pense à rien.
Et puis, alors, me vient cette sensation, et je comprends soudain cette métaphore lue récemment dans un roman, cette sensation que sont les oiseaux dans mon ventre.

Les oiseaux dans le ventre, c’est la même sensation que le trac mais en positif.
On se sent fébrile, dans un état presque second, on transpire, les mains sont moites mais ça bouillonne en dedans.
On irradie.
Et, souvent, dans ces états de grâce, la vie nous sourit. Tout nous réussit.
Les bons mots, les beaux accords, les beaux ouvrages, les belles idées, les beaux ébats…
Cela nous arrive à tous.
Il faut savoir en profiter quand les oiseaux arrivent et puis il faut savoir les faire venir. Ensuite, il faut les entendre chanter. Et, le plus souvent, il faut les croire.
La vérité sort du bec des oiseaux dans les ventres.

Ces oiseaux me donnent soif.
J’ai envie d’une grande bouteille de bière fraîche. Hors de question d’aller fréquenter les automates dans les magasins aujourd’hui, il est trop tôt pour le calva, je me ressert un café.
Je ressort narguer le soleil un petit peu et je rigole car il est toujours aussi stoïque.
Me vient l’idée que le soleil était un peu comme une grosse méduse immobile.
Trois albums de Camille se sont succédés, son dernier album s’achève, je rentre changer de disque.

Sur la table, ce nouveau carnet est ouvert. Je me rend compte que j’ai déjà pas mal gribouillé. J’y jette un coup d’œil.
Ce n’est pas spécialement beau mais ça me plait. Mon doigt effleure une pile de disques et c’est João Gilberto qui s’apprête à m’accompagner pendant que je barbouillerai à nouveau ce carnet, tandis que j’infuserai.
Sacré Gilberto ! Fidèle compagnon de toutes les circonstances.

« É pau, é perdra, é o fim do caminho,
Éum resto de toco, é um pouco sozinho,
É um caco de vidro, é a vida é o sol,
É a noite é a morte, é um laço, é o anzol
…. »

La force tranquille.
Un rythme doux mais suffisamment chaloupé et saccadé pour nous maintenir sur le qui-vive, détendu mais vif.
Des harmonies subtiles, savante alchimie de l’inné, la simplicité épousant la spontanéité dans une cérémonie hippie au rituels vaudous. Enfin, cette voix, presque timide. Ce chant te parle comme un ami bienveillant. Il est serein et plein d’amour. Avec lui, les énergies circulent, le souffle se cale sur le balançao, le cœur l’imite.
João Gilberto est , tout comme Louis Armstrong, un rayon de soleil incommensurable.

La première double-page de mon petit carnet est rempli.
Un chef-d’œuvre typique de mes piètres compétences de faiseur d’images stylographiées. Mais le cœur y étais, le cœur y est, comme toujours, alors, je l’aime ce dessin. Je le regarde. Je repense au carnet, à la vie qu’il va mener. Je pense à la personne avec qui je le partagerai. Ce carnet est un poème plein de promesses. Il sent le jasmin et la fleur d’oranger. Je fusillerais sur le champs quiconque oserait prétendre sentir l’odeur du papier neuf.

La journée à déjà bien avancée, mais le soleil est toujours de plomb. Tout, dehors, est fixe presque comme figé.
Il n’y a que le bruit des grillons et le chant des oiseaux pour me rappeler que tout fourmille, partout, tout le temps.
Surtout les oiseaux.
Ceux du ciel comme ceux de l’estomac.
Ça pépie du dedans, j’ai faim !
Je ne sais pas combien ils peuvent être à se blottir là mais ils doivent être une sacrée nichée. Et bien qu’ils pépient !
Je m’en remet, dès lors, à leur musique, leurs vagabondages; Je suivrai leurs inclinaisons.

Je ne suis qu’un homme après tout.
Dans ce monde il faut parfois se laisser faire. De toutes façons, y’a rien d’autre à faire: tourner avec la terre.
Tourner avec la terre, flirter avec la lune.
Flotter, remonter la pesanteur, trouver l’apesanteur et voler. Zigzaguer entre les cumulonimbus, éviter les enclumes, et voir où nait la foudre, puis plonger.
Plonger au plus profond des abysses, là où vivent les animaux translucides, les êtres de cristal. Et savourer un peu de la victoire qu’ils emportent sur l’obscurité.

Ne rien lâcher. Persévérer. Maintenir le cap.

Les utopies sont pour ceux qui manquent de courage et de patience.
On voulait quoi ? Au fond, nous, les paumés de la route parallèle, on voulait quoi ?
Je veux savourer l’essence des choses et débusquer les âmes épaisses. Débusquer les âmes épaisses et transpirer avec elles.
Au milieu de la mondanité et de son réseau utilitaire, de tous ces sourires convenus, je m’arrête. Ben, ouais….on voulait quoi ?
Bonjour, bonjour…boulot, boulot…moi ça va, toi ça va…
Où sont les êtres débordants, où sont les conversations nourrissantes ?
Où sont les regards profonds et les échanges de bulles ?

Ce soleil m’a fatigué mine de rien. Je m’en aperçoit à présent qu’il s’est levé pour les autres, car la fraîcheur qui me saisit me fait du bien. Mes yeux ne plissent plus d’aucunes façons. Les muscles de mon visage sont détendus.
Dans ma tête, je vois des couvertures de livres. Je vois des paysages. Je cherche les âmes épaisses et je vois ceux que j’aime.
Je voudrais pouvoir les toucher.

Dehors, la lune est couchée sur un câble électrique. Il s’en faut de peu qu’un chat vienne la rejoindre et fasse rouler cette grosse pelote. Il ne doit pas être loin, les grillons se sont tus.

Depuis quand ce four à pain n’a pas vu une miche ? C’est triste que l’on condamne ces petite monuments car ils sont de ceux qui nourrissent. Le Panthéon n’a jamais nourri, ni le corps, ni le cœur de personne. Le Père Lachaise nourrit au moins les vers, mais le Panthéon….Je l’échangerais contre un croissant au beurre.
Pffff, les imbéciles…
Il ne manquerait plus que l’on recouvre la terre de mon jardin de gravier de granit rose.
Il me faut une musique inaudible, ou alors, plus de musique du tout. « En l’an deux mille, plus d’musique ! » Disait Ferré.
« Et pourtant, c’était beau… »
Bien sûr que c’était beau.

La mélodie fine, les âmes épaisses, l’attention au corps, l’attention des corps, la poésie, le fil. Il y a des choses qui collent au corps. Des choses qui l’imprègnent, lui donnent une texture. Des choses qui lui donnent un rythme. Le plus souvent, ça te vernit l’âme au passage, te galvanise le cœur.
Une amie très chère ma rappelé l’un de ces moments il y a peu. Elle y a fait allusion en ces termes:  » on a fait des cocktails et des grosses bouffes, on a enregistré un album et puis on a sauté en parachute. » C’est marrant, bien que ces deux temps forts aient été distants d’au moins deux semaines, ils ont été associés comme une sorte d’énergie créatrice continue. Quoi qu’il en soit, ce ou ces moments fut ou furent fou(s). On a fait des cocktails en tous genres, on a ri, bien mangé, fait un disque les mains dans les poches de la voisine. Une semaine dingue. Et, on a sauté en parachute. Ce jour là, je fut le seul à ne pas sauter. J’étais fauché a l’époque.
Cependant, une boule de feu a irradié mon estomac durant toute la montée et, comme une poussée d’adrénaline, elle m’a accompagné jusqu’aux atterrissages.
Ce jour là, je n’ai pas sauté.
Pourtant, depuis, chaque jour, je saute en parachute.

La nuit est tombé jusqu’au sol à présent.
Cela fait longtemps que João Gilberto a cessé de chanter. Je suis heureux dans ce calme. Je pense à cette histoire de parachute. Je pense aux âmes épaisses. Je pense à mon amie, où est-elle ? Notre poésie est comme suspendue. Je pense à tous ces oiseaux dans mon ventre.
Je suis content car ils chantent.

erwan tout court.

Texte écrit entre les 11 et 15 juillet 2013.

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